lundi 12 décembre 2011

L'interview gourmande d' Estérelle Payany

Après de longues heures passées à saliver devant Ester Kitchen, véritable gisement pour nous autres gourmands, j'ai décidé d'aller à la rencontre de la chercheuse d'or culinaire qui se cache derrière ce caramel d'agave au gomasio et autres délices.

Après 10 ans dans la communication web (chef de projet, conceptrice-rédactrice, responsable dans une grande entreprise côtée…) Estérelle Payany a changé de vie grâce à Ester Kitchen en devenant journaliste culinaire.

Livres de recette, collaborations à des magazines féminins et gastronomiques, Estérelle nous entraîne toujours dans des périples érudits et drôles, avec son style enlevé d'ancienne khâgneuse.


 
Les prolifiques recettes d'Estérelle.
Impossible cependant de prendre en photo la journaliste : "mon métier consiste à mettre en avant le talent des autres, pas le mien"

Estérelle, d'où vient votre intérêt pour la cuisine ?
Mes parents cuisinaient peu mais aimaient les beaux produits. Dès 12 ans, j'ai donc commencé à faire la cuisine pour toute la famille. Depuis, je n'ai jamais arrêté : je continuais de mitonner de bons petits plats même étudiante, en chambre de bonne!


Que vous a apporté Ester Kitchen ?
Ester Kitchen m'a permis de remplacer mon cahier de recette, de changer de job - j'en avais assez des feuilles Excel de mon précédent travail - et de faire de belles rencontres.

Pouvez-vous nous décrire vos journées de journaliste culinaire ?
Très exactement, il y a deux types de journée-type ...

Première journée-type : j'écris et je prépare mes articles. Lectures, recherches, et puis rédaction à fond les ballons, un travail assez... monacal.

Seconte journée-type : je cavale. Entre les interviews, les visites aux nouvelles adresses, les discussions avec des attachés de presse, les déjeuners de travail, je n'ai pas une seconde de répit, et ne trouve le temps d'écrire que la nuit.

Le soir, mes dîners sont l'occasion de tester des recettes pour un livre ou un article en cours : je me rappelle avoir expérimenté des soufflés en plein mois d'août ... c'était dur, surtout pour mon dégustateur préféré !

Entre deux rendez-vous, j’ai tendance à rentrer dans tous les Monop’ et épiceries que je croise, histoire de flairer la tendance et de regarder avec attention ce que les gens achètent. C’est un indicateur très précieux.


Petite dégustation de gâteaux opéra avec Estérelle. Ci-devant, celui de Lenôtre, bien équilibré entre chocolat et café, aérien, et idéalement imbibé (Estérelle valide)

La recette qui a eu le plus de succès sur Ester Kitchen ?
Le sorbet citron au lait ribot, dont la recette a inspiré bien d'autres blogs, ainsi que le banana bread dont je compile plusieurs versions, sans oublier les madeleines (elles doivent leur succès à Clea qui les a beaucoup appréciées).

Vous êtes amenée à rencontrer les VIP de la gastronomie. Quelles autres rencontres vous ont marquée ?
Pouvoir discuter une heure avec de grands talents gastronomiques est certainement l’aspect le plus magique de ce métier. J’ai été particulièrement impressionnée - et charmée - par la gentillesse et la générosité d’Olivier Rollinger et Pierre Hermé.

Vous parlez parfois de vos chères têtes blondes sur Ester Kitchen. Est-ce compliqué de cuisiner pour les enfants ?
Justement, il ne faut pas cuisiner pour les enfants, mais bien leur servir les mêmes mets qu'aux adultes. Aux miens, je fais goûter du bon mais aussi du moins bon, pour qu'ils relativisent...

Globalement, les enfants aiment les textures croquantes, et apprécient peu l'amertume : c'est peut-être lié à leur cerveau reptilien qui traque encore toute traces de poison, même si nous ne vivons plus dans la nature.

Surtout, il n'y a pas de règle universelle : contre toute attente, mon fils aime les anchois mais pas la sole, les sobas, mais pas la pizza !

Un petit truc qui marche souvent pour leur faire accepter un aliment honni : le servir avec un autre particulièrement apprécié. Ça laisse une belle marge de négociation. Vive le chorizo sur la pizza si ça réussit à lui faire manger de la pizza pour varier les plaisirs !

J'ai réalisé le baba pralinés à la poire, extrait du livre Babas d'Estérelle, absolument délicieux (en comparant ma réalisation à la photo d'origine en arrière plan, vous comprenez pourquoi je n'ai pas créé un blog de recettes ...)

Qu'aimez-vous dans la pâtisserie ?
Je l'avoue, pendant longtemps, la pâtisserie, par sa précision mathématique, m'effarait. La cuisine me permettait davantage d'improviser.

Et puis, la dimension symbolique et ethnologique de la pâtisserie a de plus en plus attisé ma curiosité. J'ai un faible pour les gâteaux qui racontent une histoire et donc particulièrement les gâteaux "oubliés", comme le Rabelais, les niflettes, et autres tourtissaux - la version angevine des oreillettes...

La pâtisserie la pire que vous ayez goûtée ?
Un mauvais souvenir du Portugal, à base de jaune d'oeuf, et de saindoux... rance!

Vos livres préférés en matière de pâtisserie ?
Le Diable Sucré, et la Très belle et très exquise histoire des gâteaux et des friandises.

 


Enfin, avez-vous des aliments maudits ?
J'éviterais au possible le boudin noir et le pâté, le foie de veau et la betterave - sauf quand elle est cuisinée par Anne-Sophie Pic. Mais pour mon travail, je me sacrifie et goûte à tout, en essayant de comprendre l'intention du chef.

www.esterkitchen.com

1 commentaire:

  1. Très belle interview. J'en apprends encore plus sur Esther qui est, en effet, une image pour toute la blogosphère culinaire et plus. Je pense que tu as dû grandement apprécier.

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